L’art du stop
La plupart des villes du PCT sont situées à plus d’une demi-journée de marche du trail, difficilement accessible. Le randonneur n’a donc pas le choix que de prendre un grand bol d’humilité et de se poster sur le bord de la route.
Quelques règles de base : lever le pouce en l’air. Retirer au maximum chapeau, lunettes de soleil pour dégager son visage. Prendre le temps de ramener ses cheveux sales dans une approximation de coiffure. Laisser le sac à dos bien visible, avec les bâtons de randonnée. On aura aussi pris le temps de vérifier que la route est passante sur FarOut, s’il ne vaut pas mieux pousser jusqu’à la suivante que les gens empruntent fréquemment.
C’est une de ces activité pour lesquelles être un homme peut être rassurant, même si au moins un de mes compagnons du PCT s’est fait embêter par un autre homme un peu lourd qui lui avait fait des avances. Mes amies marcheuses s’étaient fixées comme règle de ne jamais monter seule en voiture avec un homme. Pour moi, à part deux petites dames entre deux âges qui ont menacé en rigolant de m’enlever, je n’ai jamais eu de problème. J’étais même encore assez fort pour faire arrêter des voitures, car plus vous serez jeune, mignon et avenant, plus vos chances d’arrêter une voiture seront grande.
Un jour j’ai comme cela parcouru plus de deux cents kilomètres en stop pour un rendez-vous avec un médecin. Mais ceci est une autre histoire…
En cas de doute sur la vertu ou l’alcoolémie du chauffeur, il est toujours possible de refuser poliment. Je faisais également régulièrement discrètement une photo des plaques d’immatriculations et je gardais ma balise GPS bien en évidence.
Je n’ai donc jamais eu de problème et pourtant, à chaque fois que je montais en voiture, j’avais toujours une pensée pour Casino, rencontrée à Mont Laguna apres quatre jours de randonnée : C’était une jeune marcheuse, qui débutait. Après avoir marché une cinquantaine de kilomètres en débutant le PCT, elle se rendit compte que ses chaussures ne feraient pas l’affaire, ses pieds étaient en sang et elle devait prendre un peu de repos.
Elle fit donc du stop pour retourner en ville, et fut prise par un homme entre deux âges, dans son camion. Elle hésitait à monter seule mais des pieds douloureux sont souvent une bonne excuse à une dose supplémentaire de courage. Une fois installée, seule dans la voiture, il lui dit, après un long silence et sans cesser de regarder la route :
« J’ai fait de très mauvaises choses dans le passé ».
C’est à ce moment que Casino, du haut de ses 22 ans et de son mètre cinquante, commença à transpirer… Elle était seule, à la merci d’un solide gaillard de deux têtes de plus qu’elle.
Mais son sauveur l’emmena chez lui, il l’hébergea, la nourrit gratuitement, il l’aida à récupérer ses nouvelles chaussures dans la ville d’à côté et l’emmena même jouer au Casino dans une réserve indienne, où elle gagna un peu d’argent et son surnom de randonnée.
Après tout, elle était juste montée en voiture avec un braqueur de banque. Pas un violeur ni un meurtrier.