Une dernière victoire d’Etape
Quand j’ai compris qu’il me restait une chance de rattraper Sugar Daddy (Kiki), mon sang n’a fait qu’un tour. Après tout, il suffisait de prendre un bus pendant quatre heures le lendemain, déjeuner avec ORION, louer une voiture, conduire 8H à travers un état montagneux, arriver à 22H, dormir, repartir avant le lever du soleil et je pourrais surprendre et dépasser Sugar Daddy sur la ligne d’arrivée. Tout ça avec le décalage horaire et à peine débarqué de mes 2OOkm en cinq jours dans l’Oregon.
Quatre heures de bus. Un déjeuner avec Orion. 7h de conduite, mort de la fatigue physique et d’un reste de décalage horaire ; cela faisait moins de sept jours que j’étais partis de France. Un dodo au Lion’s Den. Et le lendemain, avant l’aube, le départ pour le sommet.
A six heures, j’étais parti à la poursuite de Kiki. Je pensais la rattraper avant midi. Je ne la rejoignis qu’au camps. Toute la journée j’avais pesté qu’elle ne m’aie pas attendu ce matin-là et je comptais râler. Et pourtant quand je la vis, tout mon stress, tout mon animosité retombèrent.
Elle était avec Pitbull.
Le lendemain, elle partie en traitre pendant que je me rasais. Je me lançais à sa poursuite. Deux kilomètres avant la frontière, je la rejoignis. Je marchais à toute vitesse. Je voulus ralentir mais je n’y arrivais pas.
Je voulais arriver. Je voulais être le plus rapide, une dernière fois. Sans bien comprendre pourquoi, et après avoir failli mourir une dernière fois d’une chute dans les fourrés à 100m de l’arrivée, je touchais le monument.
Avec beaucoup de retard sur mes projets, je m’assis à la frontière. Kiki me rejoint bientôt. Je pense que j’étais trop choqué pour pleurer. Nous avons passé trois bonnes heures sur le monument. J’étais ivre de bonheur et du vin pétillant de Kiki.
La victoire aurait elle été plus belle l’an passé ? Je ne sais. Avoir fini avec Kiki ce jour-là, c’était tout ce dont j’avais besoin.
Il y’a très peu de moment parfait dans la vie et il y’en a beaucoup sur le chemin des crêtes.